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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Souvenir de Grasse, un certain 12 juin 1973 (Mogniss H. Abdallah)

3 Mai 2013 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Police Justice

Pentecôte 1973 à Grasse, capitale des fleurs et du parfum dans les Alpes-maritimes. Lundi 11 juin, des travailleurs immigrés tunisiens tiennent meeting en plein air dans la vieille ville, et décident en assemblée générale d’une grève illimitée reconductible toutes les 24 h. Ils travaillent dans le bâtiment, parfois dans l’horticulture ou des exploitations agricoles, sont pour la plupart sans-papiers, et vivent dans des logements délabrés voire dans des bidonvilles (la Plaine du Var, la Bocca à Cannes...). Ils co-existent avec les pieds-noirs contrôlant le petit commerce du vieux Grasse, mais qui ne veulent pas se mélanger. Un « Sudisme » à la française. Ne supportant plus la « surexploitation » - c’est leur expression –, ni un racisme latent à peine contenu, ils ont décidé de le faire savoir sur la place publique. Comme ailleurs en France, où des grèves de la faim, des occupations d’usine ou des manifestations se multiplient pour réclamer des papiers et la « carte de travail », des augmentations de salaire, un logement décent, le droit à la santé, à la liberté d’expression et d’association.

(...)

Tout seuls, ils l’auraient jamais fait, leur histoire. » Les rumeurs d’une manip’ par des « maoïstes » venus de Nice persistent. L’équipe des cinéastes -militants à leur manière- connaît la ritournelle. Ils vont aussi à la rencontre des travailleurs immigrés, dans leurs baraquements à la Bocca. D’abord méfiants, certains se confient, égrainant les discriminations vécues au quotidien, au travail, au café, dans l’accès au logement... Le 11 juillet 1973, plusieurs d’entre eux montent à la tribune d’un meeting organisé dans l’ancien Casino par le MRAP à Grasse, décrivent comment le patron critique sans cesse le travail soi-disant mal fait pour « enlever le moral » des ouvriers et ne pas augmenter leur salaire. Ils réclament tous sans détours l’égalité des droits et de traitement, le droit au respect.

(...)

En effet, la « ratonnade » de Grasse constituera un événement précurseur de l’été meurtrier 1973, en particulier à Marseille, où une quinzaine d’Arabes seront assassinés. Aujourd’hui, que reste-t-il de cette histoire ? Le film « Souvenir de Grasse » n’a semble-t-il jamais été diffusé sur place. Cette lacune sera comblée à l’occasion de la 5ème commémoration de la mort d’AbdelHakim Ajimi, samedi 11 mai 2013. Un moment sans doute aussi pour rediscuter où on en est du racisme individuel ou systémique dans cette « douce France ». Une « vieille France », qui de génération en génération maintien à distance les immigrés et leurs enfants, 40 ans après ces affrontements raciaux entre « Européens » et « suppôts mahométans », pour reprendre la terminologie fleurie des amis du maire d’antan.

Rassemblement_ajimi_11_mai-1ed8b.png

 

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