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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Texte à débattre sur l'extrême-droite. Militants du MRAP (3/3)

21 Septembre 2011 , Rédigé par Militants du MRAP Publié dans #Extrême-droite, #MRAP expressions plurielles

Ce texte est à amender, discuter, améliorer. Proposé sur les listes de débats internes au MRAP, il a été rejeté sans examen. Les militants n'ont pas pu en avoir connaissance.

Partie 1/3

Partie 2/3


RECOMPOSITION POLITIQUE DE L’EXTREME DROITE EN FRANCE

Si le Front National voit son poids électoral grandir jusqu’à faire peser une hypothèque sérieuse sur les prochaines élections, réduire l’extrême droite à la seule existence de ce parti est une erreur à éviter. Il existe une nébuleuse extrême droite composée d’anciens partis ou mouvements - PFN, [1] FANE [2], Occident …- qui n’ont cessé de scissionner, de se restructurer en partis ou groupuscules qui, s’ils restent souvent confidentiels, n’en existent pas moins. Ils forment en quelque sorte le noyau dur de l’extrême droite et essaient d’exister en marge ou en opposition au Front National.

Ainsi, le PdF (Parti de France) de Carl Lang, la Nouvelle Droite Populaire (NDP) de Roland Hélie et Robert Spieler, et le MNR (Mouvement National Républicain) de Bruno Mégret s’opposent-ils à la candidature de Marine Le Pen qu’ils considèrent comme n’appartenant plus à la Droite Nationale, d’où leur projet de monter une confédération (Comité de liaison de la résistance nationale), structure politique pour être présents à la Présidentielle et aux Législatives de 2012.[3]

Jacques Bompard, qui a participé à la création du Front National, ancien maire d’Orange, actuel président de la Ligue du Sud, et qui en 2010 avait fait alliance avec le Bloc Identitaire lors des Régionales, pourrait rejoindre cette confédération à laquelle participe l’Oeuvre Française de Pierre Sidos et le journal « Rivarol »

Outre l’ambition personnelle de certains responsables de ces formations dont certains ont  été directement liés au FN et qui ont du mal à accepter ses nouvelles orientations, se dessine les contours d’une extrême droite toujours prête à se manifester. Sans exagérer son importance, cette extrême droite est encore loin de faire son aggiornamento.

 

DES CONVERGENCES CONTRE NATURE...

Le fait que l’extrême droite ait pu attirer à elle, jusqu’à en faire ses candidats lors des dernières élections cantonales, un responsable syndical CGT, secrétaire des communaux de Nilvange dans le département de la Moselle, ancien militant de Lutte Ouvrière et du NPA et une déléguée régionale de FO montre que le Front National entend se développer dans les classes populaires et le monde du travail.

Même si les directions syndicales ont fermement réagi, la CGT déclarant que « les idées du FN n’ont pas leur place à la CGT », ces affaires sont significatives de cette période de malaise et  de confusion dont le Front National entend tirer profit ; même si ce ne sont que des faits isolés, ils ont valeur de symbole et doivent interpeller une gauche incapable de répondre aux aspirations populaires.

L’opposition à la mondialisation que l’extrême droite traduit par un nationalisme étroit et xénophobe, la priorité pour les travailleurs français et une islamophobie qui s’exprime sous couvert de laïcité sont des éléments de nature à faciliter des rapprochements entre l’extrême droite et des travailleurs qui ont perdu confiance en des responsables politiques en charge des affaires et qui continueraient à se laisser dicter la loi par la spéculation et les marchés. A ce stade, la crise s’accentuant, et même si cela reste impensable, un espace politique  serait donné à une alliance de type « rouge-brun ». C’est une éventualité que l’on ne peut balayer d’un revers de main.

Tout aussi dangereux et nocifs apparaissent les dérapages de certains élus de gauche. Les déclarations scandaleuses de Georges Frêche traitant les harkis de « sous-hommes » ou de Manuel Valls qui demandait qu’on rajoute « quelques blancs, quelques white, quelques blancos » aux participants à une brocante à Evry, ville dont il est maire, celles plus soft de certains responsables d’une gauche qui aspire au pouvoir, ne font que donner légitimité au Front National . Condamnables sur le terrain du racisme, ces propos le sont également sur le terrain politique.

Aujourd’hui, nombre de questions économiques, sociales et sociétales qui sont posées nécessitent des réponses d'une grande clarté qui ne peuvent être toujours différées et courir après le Front National ne sert à rien. La lecture ethnique de problèmes éminemment politiques ou économiques ne peut mener que dans l’impasse.

EXTREME DROITE ET DROITE EXTREME

newsweek sarkozy europe extreme droiteSi certaines mesures préconisées ou mises en œuvre  par le gouvernement ont pu l’être pour des raisons purement électoralistes – quoique la xénophobie d’Etat qui représente un des traits marquants de la politique sarkozyenne ait été un élément structurant et pas simplement de circonstance - les députés de la majorité regroupés  dans la Droite Populaire [4], parmi lesquels Lionnel Luca , député des Alpes Maritimes, Thierry Mariani, actuel  secrétaire d’Etat aux Transports ou bien Eric Raoult, ancien ministre chargé de l’Intégration et de la lutte contre les discriminations (!) partagent quant à eux de façon flagrante les idées du Front National.

Représentant l’aile dure de la majorité, ces ultras, comme l’indique leur plate-forme signée par 42 députés, défendent les valeurs de Nation et de Patriotisme dans une Europe fondée sur les peuples.

Poussant plus avant leur proximité idéologique avec le programme du FN, certains n’hésitent pas à poser la question de la préférence nationale pour l’attribution des logements sociaux ou vont jusqu’à vouloir initier un débat sur la question du droit du sol et du droit du sang.

 Avec leur volonté de rétablir la peine de mort, ils se rapprochent encore davantage du Front National, si bien que, pour certains observateurs, ils sont des sous-marins frontistes ouvrant la voie à une alliance UMP/FN, alors que pour d’autres, leur discours musclé vise d’abord à assurer leur réélection en coupant l’herbe sous les pieds d’éventuels rivaux frontistes.

L’appartenance à la droite parlementaire dans le cas présent ou les liens  entretenus avec elle font qu’un certain nombre de partis ou de mouvements, de façon quelque peu fictionnelle, et par euphémisation, sont classés sous  la dénomination « droite extrême ».

C’est le cas du MPF (Mouvement pour la France) créé par Philippe de Villiers. Parti souverainiste, il partage nombre d’idées avec le Front National si bien qu’en 2006, Jean Marie Le Pen lui proposera une alliance (il la refusera).

Egalement partisan d’une Europe des Peuples et des Cultures, il rejette la supranationalité, pour lui, c’est  « à partir des peuples et des nations qu’il faut refonder l' Europe et les relations internationales ».

Défenseur de la famille, de la souveraineté et de l’identité de la France, Philippe de Villiers, en 2005, se présentera comme candidat du patriotisme populaire, dénonçant dès cette époque l’islamisation de la France et l’islamisme comme terreau du terrorisme.

Durant l’été 2009, il rejoindra à titre personnel le Comité de liaison de la majorité présidentielle qui regroupe les partis alliés de l’UMP – retour au bercail de celui qui participa comme Secrétaire d’Etat, dans les années 1986-87, au gouvernement Chirac ou nouvelle preuve de la collusion de la majorité avec la « droite extrême »…

Le CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans) dont Jean Marie Le Pen fut député de 1958 à 62, fait également partie de cette mouvance « droite extrême ». Avec le MPF de Philippe de Villiers, il présentera des listes communes aux législatives de 1997 sous l’étiquette LDI (La Droite Indépendante).

Membre fondateur de l’UMP, le CNIP, comme le MPF, a toujours entretenu des liens avec la droite « classique ». Ces deux partis - par bien des aspects de leurs programmes, proches de l’extrême droite et du FN  et par ailleurs  en relation avec l’UMP - jouent un rôle important  de passerelle et dans le recyclage ou le « transfert » de responsables entre ces deux pôles de la droite, sans commune mesure avec leur  peu de poids électoral et militant actuel.

 

CRISE ECONOMIQUE ET CRISE DE CIVILISATION

Suite aux attentats du 11 septembre, la machine mise en marche aux Etats-Unis par les conservateurs a été un véritable rouleau compresseur idéologique. En Europe, leur discours faisant référence à une  guerre des civilisations a été relayé par de larges secteurs de la classe politique prête à stigmatiser l’islam pour toutes sortes de raisons. Cela a créé un climat propice au développement des idées de l’extrême droite qui a vu son influence renforcée.

Bien que les « révolutions arabes » de cette dernière période aient clairement démenti la thèse de la « guerre des civilisations », l’islamophobie demeure, et l’idée que les musulmans, nouveaux boucs-émissaires des sociétés occidentales en « crise de sens », en sont la cause ne fait que rendre plus crédible le Front National. A ce jeu, les responsabilités sont largement partagées, même par certains qui se veulent  combattre sans concessions le Front National.

Cette « crise de civilisation » est doublée d’une crise économique qui en est en partie également l’explication.  Et comme c’est souvent le cas, aujourd’hui, l’extrême droite doit son développement d’un côté à la persistance de la crise qui ne fait que s’accentuer, et de l’autre à l’incapacité de la gauche à rompre avec le libéralisme économique.

En se conformant aux lois du marché lorsqu’elle s’est retrouvée au pouvoir, la gauche  «gestionnaire » parce qu’elle a accepté le discours dominant  et n’offre plus de solution ou  de réelles perspectives de changement, porte une lourde responsabilité car c’est dans cet espace laissé vide que le FN s’est engagé.

A cela s’ajoute la chasse aux électeurs sur les terres du Front National à laquelle s’est livré le Président Sarkozy et qui n’a fait que rendre plus audibles et acceptables les idées du Front National. De même est rendue encore plus floue la ligne de démarcation entre une certaine droite et l’extrême droite et moins étanche « le cordon sanitaire » contre le FN qui va au delà du problème uniquement électoral du désistement républicain dès lors que des partis de droite partagent les mêmes idées que l’extrême droite et seraient prêts à passer des accords avec elle si le FN devenait le pilier d’une coalition. En cela, autant que les résultats de la présidentielle, les résultats des législatives auront une grande importance.

 

« RESISTIBLE ASCENSION »

Tous ces facteurs expliquent la « Résistible ascension » de l’extrême droite ; c’est sur tous ces facteurs- économiques, politiques, idéologiques- qu’il faut agir pour lui faire durablement échec, sans trop se faire d’illusions sur la volonté politique des grands « partis de gouvernement » d’établir une égalité entre tous les résidents et de réellement mettre en œuvre les réformes nécessaires à cette fin, en particulier .pour faire cesser toute une série de discriminations concernant l’éducation, le logement, le travail …qui établissent une différence entre Français et non-Français, citoyens européens ou extra-européens mais également entre Français mêmes selon leur origine ou leur mode de vie comme c’est le cas pour les Gens du Voyage.

Même si aujourd’hui, le Front National et la droite extrême font peser une menace sur l’avenir dont il nous faut prioritairement lever l’hypothèque, ramener le problème de l’extrême droite à la seule question du FN serait une erreur à moins de cantonner l’extrême droite à une seule et unique dimension électorale.

La perméabilité de la population aux thèses du FN, le fait que si le FN n’est pas au pouvoir ses idées le sont déjà posent question. Il nous faut sortir coûte que coûte du piège d’une lecture ethnique des problèmes et proposer des solutions qui au-delà des appartenances communautaires s’appuient sur les solidarités de classe et le sentiment d’une même appartenance à un monde commun que les responsables politiques ont pour devoir de traduire dans l’espace économique et social mais aussi au niveau politique avec le droit de vote accordé à tous les résidents en France après trente ans de promesses jamais tenues !

L’existence de nombreux groupuscules et mouvements radicaux qui se revendiquent d’une mouvance identitaire à vocation plus ou moins régionaliste et qui tentent de s’unir au niveau national mais aussi européen représente à terme un danger qu’il faut prendre en compte d’autant plus que ces groupes ont mis en place un maillage serré de la Toile et font preuve d’un activisme sur tous les fronts, y compris dans le domaine des idées.

Si aujourd’hui leurs résultats électoraux n’en font pas une menace clairement identifiable, ce serait une erreur de négliger leur influence idéologique. Il faut éviter de sous-estimer un adversaire et dans le combat contre l’extrême droite les adversaires sont nombreux.

Enfin, au plan des idées, abandonner un tant soit peu le terrain idéologique et l’initiative à l’extrême droite ou à la droite extrême, ne peut que conforter leur influence sur une politique gouvernementale marquée dès l’origine par des sympathies envers certaines idées que ces mouvements véhiculent. Leur laisser le soin de dicter leur propre agenda sur des sujets aussi sensibles pour le type de société qu’ils déterminent pour l’avenir ne peut que les encourager à poursuivre. Il est encore temps de mettre un terme aux reculs ou aux concessions qui expliquent en partie l’influence de l’extrême droite et de définir les conditions pour l’établissement d’une société plus juste, plus fraternelle et plus solidaire, ouverte sur le monde. Cela relève de la compétence des partis. A l’approche des élections, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler.

 

Alexandrine et Yves

MRAP Menton



[1] De 1974 à 1984, le parti des Forces nouvelles (PFN), fondé entre autres par les dirigeants du mouvement Ordre Nouveau qui avait été dissous, avait pour projet de rénover la droite nationale. Proche du GRECE, il a participé avec le MSI et Forza Nueva au lancement de l’Eurodroite. Ennemi du mondialisme dont les deux faces étaient pour lui l’internationalisme communiste et le libéralisme apatride, il sera concurrencé dans les années 80 par le Front National.

 

[2] Fédération d’action nationale et européenne, groupuscule néo-nazi, national-socialiste qui a fait partie du FN en 1976.

 

[3] Une alliance électorale avait déjà eu lieu pour les Européennes en 2009 entre le PdF le MNR et la NDP  En 2010, pour les Régionales, cette alliance se maintiendra en Franche-Comté, Lorraine, Picardie et PACA. En Lorraine, Annick Martin (Secrétaire générale du MNR ) qui conduisait la liste « Non aux minarets » a obtenu 3% des suffrages.

 

[4] A ne pas confondre avec la Nouvelle Droite Populaire (NDP), parti d’extrême droite de la mouvance nationaliste et identitaire créé en 2008 par Robert Spieler fondateur d’« Alsace d’abord » et qui outre ses  attaques contre l’islamisation de la France et de l’Europe, contre le mondialisme, a pour objectif la défense des identités régionales, nationales et européennes, et la constitution d’une Europe fidèle à ses racines helléniques, celtiques et chrétiennes. La revue Synthèse nationale étroitement liée à la NDP tente de rapprocher les différents mouvements de la mouvance identitaire et organise chaque année des journées nationalistes regroupant de nombreux responsables de mouvements identitaires européens

 

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Comité nancéien du MRAP 29/10/2011 09:00


Éventualité d'une alliance "rouge-brun". Le "Think tank" Terra Nova semble ne prendre son parti et encourager le PS à changer de base sociale.
Stratégie du FN version Marine : défaite et éclatement de la droite en 2012 ?
Vous parlez de la défense par les Identitaires des racines chrétiennes de l'Europe : ils préfèrent les racines païennes !
Vous devriez aussi développer le fait qu'il y a autour de Marine Le Pen des anciens du GRECE, disciple de Gramsci, pour qui le combat intellectuel est prioritaire, avec une stratégie de brouillage
des repères et de récupération des thèmes portés par la gauche :
- droit à la différence
- diversité culturelle
- défense de la laïcité.