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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

Une flottille pour lever le blocus de la bande de Gaza

29 Juin 2011 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #Palestine Gaza

BatoPourGaza"Nous, membres de la société civile fran­çaise, sou­tenons sans réserve cette deuxième flot­tille de la liberté, paci­fique et non-​​violente, et le signe d’espoir qu’elle repré­sente pour la popu­lation pales­ti­nienne de Gaza."

Juin 2007 : après la prise du pouvoir par le Hamas, les auto­rités israé­liennes ren­forcent leur siège de manière dras­tique. Le ter­ri­toire est bouclé, les postes fron­tières fermés, plus rien ne passe, à l’exception des biens huma­ni­taires les plus basiques.

Les raisons sécu­ri­taires invo­quées par Israël ne résistent pas à l’épreuve des faits. Le siège témoigne d’un véri­table achar­nement contre la popu­lation de Gaza. La liste des pro­duits interdits, révélée en 2010 par l’ONG israé­lienne Gisha, est ubuesque : sauge, cumin, coriandre, gin­gembre, chips, fruits secs, plâtre, bitume, ciment, fer, glucose, tissus pour vête­ments, cannes à pêche, filets de pêche, papier format A4, ins­tru­ments de musique, jouets, machines à coudre… [1]

Qui pourra sérieu­sement pré­tendre que de telles res­tric­tions peuvent être jus­ti­fiées par des consi­dé­ra­tions sécu­ri­taires ? Il s’agit en fait d’une sanction col­lective, illégale au regard du droit inter­na­tional, en contra­diction fla­grante avec la réso­lution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui appelait en janvier 2009 "au libre appro­vi­sion­nement et à la libre dis­tri­bution à travers Gaza de l’aide huma­ni­taire, y compris de la nour­riture, du car­burant et des médicaments".

Cette punition est infligée à une popu­lation qui a été déclarée "entité hostile" par l’Etat d’Israël. L’enfermement, imposé, de la société gazaouie a aujourd’hui engendré un véri­table repli sur soi et exa­cerbé les vio­lences et la radi­ca­li­sation de la société. Le blocus a non seulement des impli­ca­tions sur la vie écono­mique de Gaza, mais surtout des consé­quences désas­treuses en termes de déve­lop­pement. Sans ciment pour recons­truire, après l’attaque israé­lienne "Plomb Durci", qui a fait plus de 1 400 morts, les hôpitaux et les écoles restent à l’état de ruines, et les droits fon­da­mentaux d’accès à la santé et à l’éducation ne sont plus que chimères.

Depuis quatre ans main­tenant, ce blocus est régu­liè­rement dénoncé par des dizaines d’ONG inter­na­tio­nales, y compris israé­liennes, mais aussi par de nom­breuses agences de l’ONU dont l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), chargée des réfugiés pales­ti­niens, ainsi que par diverses per­son­na­lités morales. Ecoutons-​​les, pour une fois : "Mon message à la com­mu­nauté inter­na­tionale est que notre silence et notre com­plicité, en par­ti­culier sur la situation à Gaza, est une honte pour nous tous" (Desmond Tutu, com­battant anti-​​apartheid, prix Nobel de la paix en 1984) ; "Il faut briser le blocus de Gaza en envoyant des navires pour pro­curer des appro­vi­sion­ne­ments à la popu­lation" (John Ging, coor­di­nateur de l’UNRWA à Gaza)…

A la fin du mois de mai 2010, la pre­mière "flot­tille de la liberté", chargée d’aide huma­ni­taire et de maté­riaux de construction, a été vio­lemment inter­ceptée par l’armée israé­lienne. Les réac­tions inter­na­tio­nales à cet abordage qui a fait 9 morts et 28 blessés parmi les pas­sagers, ont été nom­breuses. L’attaque israé­lienne a été condamnée, parfois du bout des lèvres, et nombre de voix se sont élevées pour exiger la fin du blocus. Aujourd’hui, un an plus tard, les agences de l’ONU et les ONG confirment que "l’allègement" du blocus est essen­tiel­lement cosmétique.

Les res­tric­tions dra­co­niennes sur les impor­ta­tions de ciment et de pro­duits chi­miques sont main­tenues, les infra­struc­tures détruites en 2008-​​2009 comme les sta­tions de trai­tement des eaux usées, n’ont pu être recons­truites. Les cen­trales élec­triques fonc­tionnent très irré­gu­liè­rement et la dis­tri­bution d’eau potable est des plus pro­blé­ma­tiques. Les plus récents chiffres de l’ONU indiquent qu’au moins 70 % des Gazaouis dépendent des aides ali­men­taires inter­na­tio­nales, que plus des 2/​3 d’entre eux vivent avec moins d’un dollar par jour.

Les diri­geants des pays occi­dentaux déplorent régu­liè­rement "l’impasse" des négo­cia­tions entre Israé­liens et Pales­ti­niens. Ne devraient-​​ils pas cesser de s’émouvoir et agir concrè­tement pour que le droit inter­na­tional soit enfin res­pecté, en exi­geant la mise en œuvre de leurs propres décla­ra­tions ? Les gou­ver­ne­ments euro­péens, France en tête, doivent faire réel­lement pression sur Israël, pour qu’enfin cet Etat se conforme au droit inter­na­tional, res­pecte les conven­tions de Genève et applique les réso­lu­tions du Conseil de sécurité de l’ONU. "Condamner" régu­liè­rement l’Etat d’Israël, sans mettre en place des sanc­tions, est vain.

Il faut des actes.

C’est parce qu’ils ne sup­por­taient plus cette pas­sivité que les pas­sagers de la pre­mière flot­tille ont embarqué pour Gaza. C’est parce que l’inaction perdure qu’une deuxième flot­tille fera route, dans quelques semaines, vers l’enclave pales­ti­nienne, à laquelle se joindra pour la pre­mière fois un bateau français.

Nous, membres de la société civile fran­çaise, sou­tenons sans réserve cette deuxième flot­tille de la liberté, paci­fique et non-​​violente, et le signe d’espoir qu’elle repré­sente pour la popu­lation pales­ti­nienne de Gaza. Nous demandons au gou­ver­nement français de confirmer l’élan que repré­sente cette ini­tiative citoyenne.

Bertrand Badie, politologue, professeur à Sciences-​​Po ;

Didier Billion, chercheur spécialiste du Moyen-​​Orient ;

Sonia Dayan-​​Herbrun, sociologue, professeure de sociologie à Paris-​​VII ;

Vincent Geisser, sociologue, chargé de recherches au CNRS ;

Nacira Guénif, sociologue ;

Alain Joxe, directeur d’études à l’EHESS ;

Rachid Benzine, islamologue ;

Julien Salingue, enseignant en sciences politiques et doctorant à Paris-​​VIII.


[1] voir aussi Gilles Paris sur le blog du Monde "Guerre ou Paix" : Gaza, une flot­tille pour quoi faire ?

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