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Repères contre le racisme, pour la diversité et la solidarité internationale

2012 : MRAP Congrès 2012 : textes pour le débat

1 Avril 2012 Publié dans #Repères, #MRAP, #Mouloud Aounit, #MRAP expressions plurielles

Mouloud Aounit aux 60 ans du MRAP

Mouloud Aounit aux 60 ans du MRAP

MRAP : préparer le congrès de 2012.


Congrès du MRAP 2012 : message de Mouloud Aounit, président d'honneur.

Mes chers camarades,


Tout d’abord, je vous remercie pour cette invitation qui me fait chaud au cœur.

Un congrès doit être l’occasion de faire un bilan sans œillères pour mieux faire progresser ensemble les causes qui nous sont chères. Je souhaite donc y apporter ma contribution.

La situation nationale et internationale nous montre que sur bien des sujets, le MRAP avait eu raison de prendre les positions qu’il a prises et qui ont été tant contestées. Je prendrai deux exemples :

Nous savons que c’est l’antisémitisme qui a servi de « code-source », de carburant idéologique pour l’extrême-droite au siècle dernier, et qui a même contaminé les esprits au-delà de cette dernière. Aujourd’hui l’islamophobie joue un rôle identique. Nous avons été parmi les premiers à la dénoncer. Ne renonçons pas à ce combat.

Tant qu’il n’y aura pas de paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, sur la base du droit international, d’autres conflits ne pourront pas être réglés et nous devrons donc continuer à inscrire notre combat pour la reconnaissance des droits des Palestiniens parmi nos priorités, notamment par notre participation et notre soutien aux actions BDS, principal moyen de sensibilisation de l’opinion publique.

Nous devons donc continuer dans cette voie et développer nos actions.

Comment y arriver ?

Nous sommes malheureusement de moins en moins nombreux, nous n’arrivons pas à nous renouveler, à nous ouvrir sur la société française dans sa jeunesse et sa diversité.

C’est la raison pour laquelle nous devons cesser les crispations intellectuelles et scolastiques, renoncer aux blocages d’appareil, nous devons savoir débattre entre nous sans faire de procès d’intention, sans exclusives ni exclusions. Chaque adhérent doit avoir accès à l’information, pouvoir s’exprimer dans le respect des autres.

Ainsi, nous montrerons à tous notre originalité, notre apport, notre capacité à faire la synthèse des différents combats, les luttes contre le racisme sous toutes ses formes et pour l’amitié entre les peuples sont indissolublement liées.

Les responsables du MRAP doivent être au service de ces luttes, au service du mouvement, et pas l’inverse.

Nous devons nous appuyer sur tous ceux qui sont prêts à travailler en ce sens, faire des commissions, de notre presse, etc. des lieux de débats ouverts, en interne et en externe. Nous devons prendre l’initiative de colloques, de débats publics, les annoncer et ne pas oublier d’en faire connaître les conclusions.

Nous devons mettre à la disposition de tous, militants ou sympathisants, des outils pratiques de lutte contre le racisme, devenir des référents aux yeux de tous.

Nous devons donc avoir une vraie politique de documentation et de communication, interne et externe, mettre en synergie tous les moyens dont nous disposons, ne pas ostraciser sous des prétextes divers ceux qui ont construit quelque chose.

Mes derniers mots seront pour les salariés : leur apport est indispensable. Comme militants, nous leur devons le respect dû à tous les militants et nous devons respecter leurs droits de salariés. Leur travail doit être organisé dans la clarté, la responsabilisation, sans caporalisme. Les tensions actuelles ne pourront être réglées que dans le respect du droit.


Mouloud Aounit, le 31 mars 2012


Congrès du MRAP : réflexions du comité local MRAP Paris 5-13

Sur projet d’orientation par le CL 5/13


Le projet d’orientation présenté par les candidats au bureau exécutif ne répond pas aux exigences de l’heure et semble se situer hors du temps politique présent.


Nous vivons depuis plusieurs années, en France, en Europe et dans le monde, une crise du capitalisme extrêmement profonde qui bouleverse les cadres habituels de la lutte contre le racisme ; de plus, nous sommes en France dans une période électorale cruciale (présidentielle et législatives) dont le projet ne dit pas un mot.


Le racisme, tel qu’il s’exprime aujourd’hui au plus haut niveau de l’État et d’un certain nombre de partis politiques a des conséquences très graves chez nos concitoyens, sensibles à l’apparent bon sens de discours tels que : « il y a trop d’étrangers en France », « on régularisera au cas par cas », sans même parler de viande hallal ou casher.


Ces discours sont les échos de ceux qui s’exprimaient en France dans les années 30 à l’occasion d’une autre crise économique dévastatrice pour la démocratie. Et, contrairement à ce qu’affirme le projet d’orientation cette crise économique n’induit malheureusement pas des facteurs d’unité, bien au contraire, elle a pour conséquence d’en diviser les victimes en instillant du ressentiment, des jalousies, chômeurs contre travailleurs, Français contre étrangers, etc. et c’est bien là le défi d’un mouvement comme le nôtre et toute la difficulté à laquelle se heurtent les partis et organisations qui refusent un tel clivage. S’il est vrai que toutes les victimes du capitalisme ont objectivement un intérêt commun et un ennemi commun, il n’est pas vrai, loin de là, que toutes en aient la claire conscience. Ces adversaires communs ne sont pas seulement les politiques sociales et inégalitaires, mais un socle idéologique très puissant venu d’une tradition française séculaire de xénophobie et de racisme : les attaques contre Eva Joly en sont l’exemple.


Pour y répondre le projet d’orientation se contente trop souvent d’exprimer de bons sentiments, un humanisme mou, dénonçant « l’intolérance », les « citoyens  suspectés d’un manque de loyauté envers la France », les « bavures » policières », « le rejet de l’autre », les « territoires abandonnés par la République » où, d’après nos dirigeants règnent par la terreur les bandes des banlieues ? Que signifient ces termes ? Doit-on tolérer tout et n’importe quoi ? Que signifie loyauté envers la France ? Quelle France ? Celle du CAC 40, de Sarkozy et de l’UMP ? Et ces « bavures », terme répugnant et édulcorant des méthodes meurtrières enseignées et encouragées par les écoles de police ?


Le projet d’orientation subit inconsciemment la pression du langage dominant qui contraint à se situer dans un cadre idéologique déterminé par nos ennemis ; de plus, pour faire bonne mesure et équilibrer la dénonciation de l’islamophobie par celle de l’antisémitisme, on accuse ceux « d’en haut » de libérer et de multiplier la parole antisémite : où avons-nous entendu de tels propos chez nos dirigeants, c’est tout simplement faux et nous avons assez à faire avec l’islamophobie pour ne pas nous inventer des ennemis imaginaires.


La confusion idéologique du projet d’orientation le conduit à rechercher la bonne mesure, l’équilibre et l’amène également à dénoncer le racisme anti blanc, expression littéralement reprise de l’extrême droite à qui nous devons le laisser. Que nous ne soyons pas d’accord avec les analyses du PIR est une chose, que nous ayons le projet pour les trois ans à venir de lutter contre le racisme « anti blanc » est indigne d’un mouvement comme le nôtre.


Le projet d’orientation, pas plus que le rapport d’activité n’évoquent ni n’analysent la perte catastrophique de nos adhérents et a fortiori de nos militants dont l’âge moyen est quasiment canonique. Qui va donc pouvoir mettre en œuvre tous ces projets, et en particulier cette « action forte en direction de la jeunesse », alors que les CL sont de plus en plus absents des quartiers et que 15 CL n’ont pas fait remonter leurs adhésions ou sont en sommeil ? Alors que l’on sait que le vote FN est particulièrement important chez les jeunes non diplômés. C’est un crève-cœur que de voir que le MRAP est de moins en moins sollicité en tant que tel pour de grandes événements antiracistes : dernier en date le meeting antiraciste organisé par la CGT et SOS Racisme, auquel le MRAP participera par une table ronde. Le travail des CL actifs est admirable mais nous sommes trop peu nombreux.


Les commissions qui devraient être le noyau intellectuel de notre lutte antiraciste sont à peu près inexistantes –excepté TGV – ne produisent pas d’outils de réflexion, d’analyses, de recherches, de discussions. Ces commissions doivent compter avec toutes les bonnes volontés, même si les points de vue sont différents


Les campagnes proposées sont peu claires et ne permettent pas une lutte efficace contre le racisme, en particulier contre l’islamophobie et le racisme anti Rom, les plus durs noyaux du racisme aujourd’hui. La question n’est pas tant de dénoncer les « idéologies communautaristes » (encore un concept venu de la droite et de l’extrême droite), ni même « le communautarisme identitaire des puissants » (qu’est-ce à dire ?) que de poser des fondements clairs qui permettent à chacun et à tous de vivre et de se développer dans un monde en crise.


Et pour cela, le slogan repris de l’Abbé Pierre, « un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère » n’est pas adéquat. Pour commencer ni Guéant ni tous les autres ne sont en colère, et des dirigeants du FN peuvent même exprimer de la compassion pour les sans papiers, leurs salaires de misère et les noyades en Méditerranée.


Ce slogan est moralisateur, et non pas politique, psychologisant et simplificateur. Le projet d’orientation proposant cette campagne part d’un présupposé erroné : le climat économique et social actuel n’est pas favorable à l’unité des luttes, et c’est bien là notre plus grand défi auquel nous ne pourrons répondre que par la rationalité : un seul exemple, le projet ne dit pas un mot des apports positifs de la présence historique et actuelle d’étrangers en France, apports économiques, politiques, culturels, humains qui font le véritable ciment de la France que nous voulons.


Congrès MRAP de 2012 : 15 thèmes pour élire les délégués.

En janvier 2011, l’AG nationale du MRAP élisait un CA « MRAP unitaire » dont l’ambition  était, outre la gestion des affaires courantes, le développement de l’anti-racisme de proximité et surtout une réforme des statuts, censée redonner la parole aux comités locaux.
Le CA, conçu en 2004 pour être un vrai « Parlement du MRAP », reflet de la diversité des opinions et sensibilités au sein du MRAP, devait être remplacé par un Conseil national (CN), émanation directe des comités locaux. C’est maintenant chose faite, la majorité des adhérents ayant apparemment voté dans ce sens.
Nous continuons à penser qu’il y a eu erreur dans le diagnostic et donc erreur dans le remède. En particulier, le nouveau CN, qui ne représentera pas tous les comités locaux, et représentera les autres de façon inégalitaire, ne pourra pas exercer un réel contrôle sur l’exécutif, car réunissant plusieurs dizaines de militants (60, 70 ??) seulement trois fois par an. Trop de monde et trop peu de temps pour de vrais débats. Il sera surtout le « vivier » parmi lequel le congrès choisira le futur bureau exécutif de 17 membres, au scrutin de liste majoritaire.
Il est donc important que les comités locaux et leurs adhérents choisissent leurs délégués au CN en connaissance de cause :
-    quelles orientations défendront-ils au cours des trois années qui viennent, dans la mesure où ils le pourront ?
-    sont-ils candidats au Bureau exécutif (BE), avec qui, sur quelles orientations ?
Toute autre démarche serait comparable à une élection de députés sans avoir de vision sur leurs orientations et les contours de la future majorité gouvernementale.
C’est pourquoi  outre les principes généraux énoncés en préambule, nous proposons que les militants qui seront choisis par leurs comités locaux le soient à partir des constats et propositions que nous présentons ci-dessous. Pour chaque thème, nous présenterons séparément des textes de fond, argumentés sur les deux volets : constats et propositions.    

Principes généraux :

Le MRAP ne serait rien sans le travail de terrain quotidien des CL qui s’acquittent de leurs tâches avec un engagement et une disponibilité souvent exemplaires.
Le rôle des instances de direction est bien alors de faire connaître et de coordonner les initiatives des CL, de servir de relais et de caisse de résonance, le cas échéant de prendre l’initiative de campagnes nationales.
A côté de cet aspect que l’on pourrait qualifier de matériel auquel on pourrait ajouter le soutien et l’aide spécifique à un CL mais aussi la mise à disposition de matériel (tracts, lettres, modèles de demandes de subventions etc. directement téléchargeables ),  il appartient aux instances nationales de :
-  définir des orientations plus politiques et idéologiques en y associant au mieux les CL qui ne doivent pas être cantonnés au seul travail de terrain,
-  favoriser à cet effet une expression la plus collective possible donc forcément plurielle qui ne peut exister sans débat clairement cadré  à partir de documents de référence, et ce en rupture avec les pratiques actuelles.

Constats et propositions :

Thème 1 :    Le monde change et nous ne le voyons pas.

Constats : Crise économique, financière, de la zone euro, famines, ruée sur les terres agricoles, dégradation de l’environnement, s’agit-il de mots creux ou de réalités ? De toute manière, ils structurent le débat politique et interfèrent directement avec les causes que nous défendons. Qu’il s’agisse de diversion, de « déjà vu » ou de phénomènes réels et nouveaux, nous devons les prendre en compte dans notre réflexion et pour orienter notre action. Notre dernier travail de réflexion collective est celui sur la dette des pays du Sud. C’est insuffisant.
Propositions : Nous devons engager un travail de réflexion sur les enjeux de la mondialisation, faire le lien entre nos préoccupations et celles des partenaires (mouvements et groupes de réflexion, etc..). Il faut créer une « vraie » commission « mondialisation », multiplier les échanges avec nos partenaires, en n’oubliant pas que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Comme pour toutes les commissions, le MRAP doit être tenu régulièrement informé de ses travaux.

Thème 2 :     Questions internationales, deux écueils à éviter.

Constats : Le premier écueil est de limiter notre analyse et nos propositions au seul positionnement par rapport aux normes du droit international. Sa prise en compte est nécessaire, mais il ne faut pas oublier qu’il est aussi le résultat et la cristallisation d’un rapport de forces et que la plus juste des résolutions n’est rien s’il n’y a pas sur le terrain des forces pour l’appliquer. Il nous manque aussi une vue d’ensemble des conflits dans le monde, et trop souvent le MRAP ne réagit que parce que le siège national a des contacts avec telle ou telle antenne parisienne d’un mouvement politique étranger. Les autres sont superbement ignorés. C’est ainsi que nos réactions sur le « printemps arabe » et son avenir (sécularisation, récupération) n’ont été accompagnées d’aucune réflexion.
Propositions : Il doit y avoir une coordination effective de tous nos contacts, un travail de réflexion, de connaissance des enjeux et des forces en présence, en s’appuyant sur des groupes spécialisés en fonction des zones géographiques. En toute circonstance, il nous appartient de soutenir les peuples en lutte pour leurs droits et non de façon parfois exclusive telle ou telle organisation. Quelle que soit la justesse de leur revendication, ce n’est pas au Polisario, à l’OMPI, au PKK, aux Tigres tamouls ou leur relais en France de dicter les communiqués du MRAP. Et les enjeux de l’amitié entre les peuples ne se limitent pas aux pays concernés et encore moins aux seuls mouvements avec lesquels nous avons des contacts.

Thème 3 :     La spécificité du conflit Israël-Palestine.

Constats : cette spécificité résulte de plusieurs causes, et notamment parce qu’on ne peut pas comprendre ce conflit sans connaître, définir, analyser l’antisémitisme, le colonialisme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et maintenant l’islamophobie. Trop souvent, le MRAP, qui était le mieux placé, à cause de son histoire, pour pouvoir proposer une analyse globale, en faisant le lien entre les enjeux internationaux et nationaux, s’est contenté de suivre l’activité de collectifs, parfois de façon incohérente.
Propositions : Nous devons reprendre toute notre place au sein du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, notamment les campagnes BDS, les missions civiles, tout en étant vigilants face aux risques d’exploitation raciste du conflit.

Thème 4 :    Connaître son adversaire pour mieux le combattre.

Constats : nous ne sommes pas armés pour combattre les idées d’extrême droite nouvelle version. L’ancienne, colonialiste, antisémite, raciste « biologique » existe toujours, mais une nouvelle forme est apparue :  de plus en plus, sous prétexte de cultures inconciliables, au racisme  « biologique » s’est substitué un racisme de type plus « culturaliste » sur lequel le MRAP n’a produit aucun document et reste étrangement muet, toujours prisonnier de schémas antérieurs. Le musulman a rejoint ou remplacé le juif comme objet de haine. Cette extrême droite 2.0 instrumentalise le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la laïcité, les inégalités sociales. Et plus grave, son influence dépasse de loin les partis classés à l’extrême droite. Une partie de la droite de gouvernement et même de la gauche reprend certains de ses thèmes ou se tait.
Propositions : Nous devons bien cerner les enjeux : c’est l’islamophobie et l’instrumentalisation de la laïcité qui sont les axes majeurs de l’offensive idéologique. Nous avons été des pionniers dans leur dénonciation et nous devons le rester. Nous devons également comprendre que si une partie de la droite de gouvernement développe ces thèses, ce n’est pas simplement par opportunisme électoral, c’est aussi par conviction profonde. Il convient également de prêter une attention plus particulière au développement du racisme sur Internet et à l’utilisation  de la Toile par des groupes parmi les plus extrêmes qui trouvent une audience certaine auprès de la jeunesse.

Thème 5 :    Jeunesse et diversité.

Constats : Les militants du MRAP, toutes sensibilités confondues, ont souvent des années d'engagement politique derrière eux, dépassant la cinquantaine et beaucoup sont retraités. La plupart des responsables étaient déjà là il y a dix ans et s'accrochent aux « fondamentaux » des combats du passé. Plus que le départ des anciens, c'est l'absence de nouvelles adhésions qui explique la baisse des effectifs. Il y a aussi de moins en moins d'adhérents actifs venant de l'immigration post-coloniale, qui sont pourtant les premiers concernés.
Propositions : Le MRAP ne doit pas être seulement un mouvement « au service des victimes du racisme », mais aussi un lieu d'expression et de lutte des victimes du racisme, en particulier les jeunes des quartiers populaires. Il faut que les comités locaux leur donnent l'accès à des responsabilités, qu'ils participent aux débats au niveau national et qu'ils soient écoutés. Le MRAP doit être présent dans les quartiers, par exemple dans la lutte contre les contrôles au faciès, les violences policières. Nous devons aussi accepter une France de la diversité culturelle et refuser de demander l'assimilation à un modèle, même s'il est dénommé « républicain ».

Thème 6 :    Amitié entre les peuples, en France, et entre nous.

Constats : dans son intervention pour le MRAP le 31 octobre 2009, Doudou Diène, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, a dit :
"l’une des causes de la faiblesse du combat contre le racisme, est bien cette rupture du front des victimes, tout simplement parce que le discours raciste dominant est non seulement d’invisibiliser les communautés victimes, d’antagoniser leurs mémoires,  mais également de les diviser."
Propositions : Le rôle du MRAP ne serait-il pas justement de permettre ce dialogue des cultures?  En commençant au MRAP, dans notre fonctionnement: plutôt que d'entretenir des antagonismes, d'exclure ceux qui ne pensent pas comme nous, de rechercher le dialogue, d’essayer de comprendre l’autre. Localement le MRAP doit pouvoir jouer un rôle moteur pour favoriser un dialogue entre les « communautés » 

Thème 7 :    Pour un MRAP producteur d’analyses et de réflexions.

Constats : Par ses communiqués, ses  prises de position, le MRAP se satisfait bien souvent de constats ou de simples condamnations, sans donner d’éléments pour réfléchir et comprendre les événements. L’expression du MRAP est souvent noyée dans un texte de collectif souvent bien évidemment a minima.
Propositions : Il faut redonner au MRAP une identité forte et affirmée voire parfois en rupture avec la gauche bien-pensante, il s’agit de  privilégier  une lecture politique et économique, géostratégique pour les questions internationales à des événements qui sont souvent ramenés à une lecture religieuse ou ethnique. En somme replacer les événements dans leur contexte, en évitant un regard trop franco-français ou européo-centré,  en privilégiant une lecture de classes à une lecture essentialiste, en évitant le recours à un universalisme incantatoire.

Thème 8 :    Redonner sa place à l’action politique.

Constats : 2012 est une année d’échéances électorales majeures. La solidarité envers les victimes du racisme, françaises ou étrangères face à la politique gouvernementale doit déboucher sur une autre politique. Non seulement la droite doit être chassée du gouvernement, mais la nouvelle majorité devra rompre de manière radicale avec la politique actuelle.
Propositions : C’est dès maintenant que nous devons interpeller publiquement les forces politiques en présence (sauf le FN), leur demander de se prononcer sur nos idées, nos propositions, tant en politique intérieure qu’internationale, et ensuite faire connaître les réponses, afin d’orienter les choix des Français. Cependant l’action politique  du MRAP ne peut se réduire dans le temps aux seules échéances électorales, les promesses  des candidats souvent n’engagent que ceux qui y croient. Il nous faut donc assurer un suivi sérieux pour rappeler aux candidats leurs engagements et les mettre face à leurs promesses, ne pas hésiter à les interpeller tout au long de leur mandat.

Thème 9 :    Apprendre à communiquer.

Constats : Bientôt, le MRAP n’existera plus que dans les fantasmes de l’extrême droite. A force de brider, voire censurer toute communication qui ne serait pas contrôlée à 100 % par le siège, qu’il s’agisse de la présence sur Internet, des interventions du président d’honneur choisi par l’AG en 2011, de l’expression des militants sur les listes internes, le MRAP est devenu inaudible et la direction a tué toute tentative de réflexion originale au sein du mouvement. De plus, la communication officielle du MRAP est trop souvent brouillonne, par à-coups et rebutante.
Propositions : nous devons considérer que la pluralité des points de vue est une richesse pour le mouvement, que les débats menés honnêtement et sereinement sont utiles à tous. Nous devons comprendre que plus il y aura de sites ou blogs défendant les positions du MRAP (national ou des CL) ou ses thèmes d’action, plus nous serons présents sur les réseaux sociaux, plus nous pourrons défendre nos idées. L’opinion publique se fait maintenant sur Internet, l’extrême droite l’a bien compris. A nous de le faire.
Porter la parole du MRAP auprès des médias « traditionnels » ne s’improvise pas, nous devons connaître leurs besoins pour mieux faire passer nos messages. Cette mission doit être dévolue à des militants capables de l’exercer dans l’intérêt commun.

Thème 10 :    Tisser un réseau de personnes-ressources

Constats : Le MRAP n’a plus les forces, ni la capacité intellectuelle de mener à bien  une réflexion autonome que nécessitent les défis nouveaux d’aujourd’hui. La formation des militants est  devenue inexistante.
Propositions : Il  ne faut pas hésiter à mettre à contribution pour leurs compétences ou leurs connaissances tous les intellectuels, les  chercheurs que nous pouvons contacter, non pas pour définir la position du MRAP (cela appartient au Mouvement) mais pour contribuer à enrichir la réflexion, pour nous aider à mieux appréhender un monde qui change et ne pas être à la traîne des événements. C’est un véritable réseau qu’il nous faut tisser en faisant appel aux CL, à charge pour le National de centraliser les contacts et de les mettre à contribution pour animer des conférences, écrire des articles ou faire fonction de consultants pour une question précise. Bien entendu, l’ensemble de ces contacts serait mis à la disposition des CL comme d’ailleurs les contacts avec les médias.

Thème 11 :     Le fonctionnement du siège et des instances.

Constats (sous forme de questions) : Qui fait quoi, ou quoi est fait par qui, qui s’occupe de ? Ce sont les questions que tout le monde se pose, sans trouver de réponse. Qui définit les priorités des salariés ? Qui dirige effectivement le mouvement ? Pourquoi le silence ou presque de la moitié de la présidence collégiale ? Comment se passent les relations avec les CL ? Qui est chargé de diffuser les questions, les réponses, de partager les expériences ?
Propositions : la gestion du siège doit être transparente, rationnelle, les relations avec les salariés loyales et sans caporalisme. Le futur CN ne sera que le vivier d’où sortira le BE. S’il veut exercer son pouvoir d’initiative et de contrôle, se faire la voix des militants, il faudra que les membres du CN y soient envoyés sur des bases politiques connues de tous et que le fonctionnement du BE se fasse dans la plus totale transparence.

Thème 12 :    Définir d’autres modes de travail et d’autres relations

  Constats : les commissions n’ont pas donné les résultats escomptés et bon nombre ont disparu  sans raison. Dans certains cas, leur activité a été parasitée  voire siphonnée par la priorité donnée aux collectifs.
Propositions :  Pour donner plus d’efficacité dans ce qui fait l’essentiel du travail quotidien des CL –lutte contre les discriminations, sans-papiers, assistance juridique, Rroms et TGV- il faudrait prévoir  la mise en place d’un référent national (si possible un militant engagé sur la problématique, pas forcément parisien mais ayant une certaine expérience) dont le rôle serait de centraliser les initiatives, d’en irriguer l’ensemble du Mouvement mais aussi de faire un travail de synthèse pouvant déboucher sur des propositions, des actions collectives ou la définition de campagnes et donner ainsi plus d’écho aux actions de chacun.
Dans un souci d’efficacité et de partage, il semble nécessaire de fixer des obligations de comptes-rendus des collectifs à envoyer aux CL. Ces informations ne peuvent rester confidentielles. La tâche d’un représentant aux collectifs  devrait être définie : loin d’être une représentation individuelle ou personnelle, elle se doit d’être conçue dans un aller-retour entre les propositions collectives présentées par le MRAP et un Compte-rendu des discussions et des propositions adoptées par le collectif, ceci afin d’impliquer au mieux les CL.

Thème 13 :    Assurer l’expression de la « minorité »

Constat : Les nouveaux  statuts prévoient  que le pouvoir de la liste majoritaire,  est quasi absolu.   Si l’on considère que dans une  démocratie, les minoritaires ont voix au chapitre et que c’est  la confrontation des idées  et  la différence qui peuvent être moteur de progrès et de vitalité, il est nécessaire de corriger les effets contre-productifs des nouveaux statuts.
Propositions :  Il nous faut donner à la liste minoritaire (c’est à dire à une certaine partie du MRAP les moyens de participer à la vie du Mouvement, en prévoyant la prise en charge par le Mouvement d’un certain nombre de moyens d’expression, (accès au fichier (bien évidemment avec les garanties nécessaires), prise en charge  financière d’un certain nombre de courrier,  de bénéficier de quelques moyens  au quasi monopole dont dispose le Siège.

Thème 14 :     Les finances.

Constats : là aussi, c’est l’opacité. Il faut attendre une AG plus de 12 mois après la clôture de l’exercice comptable pour avoir des informations, et il faut les questions de quelques militants pour avoir les explications nécessaires. Nos sources de financement se tarissent : baisse du nombre des adhésions, du montant individuel de celles-ci, des subventions. Il n’y a aucune politique volontariste et pas d’orientations claires.
Propositions : Revenir à la norme en matière de gestion : approuver les comptes dans les 6 mois de la clôture de l’exercice. Donner régulièrement aux instances des comptes-rendus clairs et analytiques de la situation, présenter un budget prévisionnel et suivre son évolution. Explorer des pistes pour diversifier nos sources de financement, dans le respect de la loi et de notre indépendance.

Thème 15 :     La présidence collégiale.

Constats : il est simple : elle n’a pas fonctionné, et pas plus en 2011 que pendant les trois années précédentes. Conçue à l’origine pour assurer une transition et mieux définir certaines positions publiques du MRAP, elle s’est comportée de fait comme une instance délibérative supplémentaire. Quatre freins et pas de moteur. Et chaque membre a continué à gérer son domaine d’activité antérieur ou son territoire.
Propositions : le choix a été fait par les militants de continuer avec ce système. Nous devons l’accepter, mais essayer de le penser afin qu’il fonctionne le moins mal possible.
Chaque membre de la présidence collégiale devrait assurer le suivi d’une partie du fonctionnement du MRAP, de façon transversale et dans la collégialité.
- Porte-parole et relations avec les médias « traditionnels »
- Organisation du siège, relations avec les CL
- Responsabilité juridique et pilotage de l’activité des juristes.
- Coordination du travail de réflexion des commissions, communication interne au mouvement, communication Internet et nouveaux médias.


Congrès 2012 du MRAP : Motion adoptée (1/8) de soutien à la mission "Bienvenue en Palestine"

Motion présentée par le CL MRAP de Menton.

 

La deuxième mission internationale « Bienvenue en Palestine » qui a reçu le soutien de personnalités aussi incontestables que ceux de Desmond Tutu, Noam Chomsky ou Mgr Gaillot se rendra du 15 au 21 avril 2012 en Cisjordanie occupée pour participer au projet de construction d’un centre scolaire composé entre autres d’un collège qui portera le nom de Stéphane Hessel.


Son but est également d’apporter sa solidarité au peuple palestinien qui se trouve soumis au bon vouloir des autorités israéliennes qui contrôlent, du fait de l’enclavement de la Cisjordanie opéré méthodiquement depuis plusieurs années par l’occupant, tous les déplacements tant pour entrer en Cisjordanie que pour en sortir. Une situation qui fait de la Cisjordanie une véritable prison à ciel ouvert même si la situation n’est pas aussi épouvantable que dans la bande de Gaza toujours soumise au blocus.


Lors de la précédente mission « Bienvenue en Palestine » en juillet dernier, la plupart des participants s’étaient vu refuser l’embarquement suite aux injonctions adressées par les autorités israéliennes et aux pressions qu’elles avaient exercées auprès des compagnies aériennes pour qu’elles n’acceptent pas à bord les passagers de la mission (l’établissement d’une pareille liste par les autorités israéliennes pose également question). … Une atteinte à la liberté de circulation que les gouvernements européens n’ont pas jugé nécessaire de condamner montrant une nouvelle fois en cette occasion une complicité avec le gouvernement israélien que le torpillage de la flottille pour Gaza interdite de départ allait confirmer le même mois.


Aujourd’hui la reconnaissance de la libre circulation pour les Palestiniens et pour leurs amis étrangers qui veulent leur rendre visite reste une priorité. A cette fin, le comité (dont deux membres vont d’ailleurs participer à cette mission) présente la motion ci-dessous :
MOTION présentée par le CL de Menton réuni en AG le 10 janvier 2012


Le Congrès national du MRAP, réuni les 31 mars et 1er avril, apporte son soutien à la mission civile « Bienvenue en Palestine » qui se déroulera du 15 au 21 avril 2012.


Il mandate la direction et les instances élues lors du congrès pour qu’elles agissent pour que toute entrave au bon déroulement de la mission soit dénoncée et qu’elles entreprennent toutes les démarches nécessaires pour que cette mission de solidarité puisse se dérouler dans des conditions offrant toutes les garanties que tout citoyen est en droit d’attendre tant de la part de son gouvernement que de celui du pays par lequel il se voit dans la nécessité de transiter.


Il réaffirme sa solidarité pleine et entière à l’ensemble du peuple palestinien.

 

Présentée au vote, cette motion a été adoptée à l'unanimité moins 10 abstentions.


Congrès du MRAP 2012. Motion rejetée (2/8) Iran : le MRAP doit prendre position

Comité du MRAP de Menton (06)

Les accusations portées contre l’Iran à propos du nucléaire, les dénonciations de l’autoritarisme de son gouvernement,  les condamnations des manœuvres militaires iraniennes  - ce que font  pourtant toutes les armées du monde- entretiennent une dangereuse tension et préparent de façon insidieuse l’opinion publique à l’idée d’une intervention inévitable contre un Iran qui reste toujours insensible aux sanctions économiques exercées à son encontre.
Dans ce contexte où l’éventualité d’une intervention militaire limitée n’est pas à exclure, le MRAP se doit de définir  dès à présent, de façon « préventive » en quelque sorte, la position qu’il adoptera dans cette éventualité et éviter ainsi que le mouvement ne se retrouve face à un positionnement pris dans l’urgence, en comité restreint ou par suivisme vis à vis des autres organisations alors même que c’est à l’ensemble des adhérents, de façon collective, de déterminer la position du Mouvement. Cette occasion d’éviter toute confiscation est offerte par le Congrès, c’est le sens de la motion présentée ci-dessous par le comité de Menton autour de laquelle pourrait s’articuler un positionnement du MRAP.


Texte de la motion du Comité du MRAP de Menton (06)


Mise en garde contre tout aventurisme
Contre une intervention militaire contre l’Iran,
Pour un règlement politique : dénucléarisation de toutes les parties
Pour un soutien aux forces démocratiques en Iran



Dans un climat de guerre idéologique, où les passions peuvent facilement prendre le pas sur la raison dans un contexte  parmi les plus sensibles au niveau mondial, le premier objectif est de mettre en garde


-    contre l’instrumentalisation  de rapports de l’ONU (il n’est qu’à rappeler le  discrédit de la mission onusienne qui avait assuré de la présence d’armes de destruction massive en Irak … ! !),
-    contre toute provocation ou opération militaire fut-elle limitée et ciblée,
-    contre tout aventurisme de cet ordre qui peut dégénérer en un conflit ouvert et généralisé.


Fidèle à des positionnements maintes fois réaffirmés lors des interventions militaires, le MRAP tient à exprimer son hostilité vis à vis de l’usage de la force –toutes les interventions militaires qui se sont succédé ces dernières années ont clairement démontré
 - que ce sont toujours les peuples qui ont eu à  souffrir  de ces interventions,
 - que l’option militaire ne peut  ni apporter de règlement durable, ni servir à imposer des changements venus de l’extérieur.


A cet effet, le MRAP se doit de réaffirmer le principe de non-intervention militaire  (Bien entendu, la donne serait différente dans le cas bien improbable où l’Iran prendrait délibérément l’initiative d’une agression militaire contre une des pays de la région).


Si l’idéologie et le régime théocratique de Téhéran doivent être combattus, c’est principalement la question du nucléaire iranien qui représente à elle seule le prétexte avancé pour justifier une  éventuelle intervention militaire- et alors même que d’autres pays  de la région possèdent déjà l’arme nucléaire (Russie, Pakistan, Inde …) ou font des recherches pour s’en doter  (Arabie Saoudite), quant à Israël son arsenal s’élèverait à 200 têtes nucléaires en dehors de tout contrôle ou de toute déclaration.


Dans ces conditions, il appartient au MRAP de proposer que soit recherché un règlement politique de nature à éloigner le spectre de la guerre en prenant en compte les intérêts légitimes de chaque Etat de la région sans distinction ni a priori..


A cette fin,  loin d’accepter un équilibre de la terreur, la bombe atomique pour chaque partie, il ne serait pas inutile que le MRAP rappelle sa position adoptée depuis longtemps de dénucléarisation du Moyen-Orient (y compris donc Israël).    Cette exigence  ne peut prendre tout son sens que dans le cadre plus large d’une dénucléarisation militaire de toutes les puissances  (y compris la France). Le MRAP pourrait initier une campagne- afin de mettre un terme à une situation de deux poids, deux mesures qui instaure une dichotomie injustifiable avec d’un côté les pays qui auraient droit à  la bombe atomique et de l’autre ceux qui en seraient privés.


Il reste cependant nécessaire que parallèlement à ces prises de position, le MRAP réaffirme sa condamnation du régime de Téhéran –sans faire toutefois l’impasse sur tous les autres régimes théocratiques ou dictatoriaux, comme l’Arabie Saoudite par exemple… ! Il n’est donc pas question bien évidemment de cautionner la politique d’un régime qui ne respecte pas les droits fondamentaux et qui réprime ses citoyens.


En cela, il est nécessaire que le MRAP réaffirme son soutien à l’ensemble des forces démocratiques, qui, en dehors de toute tutelle étrangère, luttent à l’intérieur même de l’Iran pour une démocratisation des institutions et pour le respect des valeurs démocratiques.

 

Soumise au vote des délégués, cette motion a été rejetée.


Congrès du MRAP 2012 : motions adoptée (3/8) sur les luttes à vocation mondiale

Domaine : Les luttes à vocation mondiale.

 

1 Certaines luttes ont vocation à servir l'intérêt de tous les peuples de façon globale. Il en est ainsi du souci d'aller vers un alterdéveloppement beaucoup plus respectueux de l'environnement et des générations futures. De même, la lutte pour la constitution de biens communs au plan mondial est une revendication du mouvement altermondialiste et notamment d'ATTAC qui mérite le soutien du MRAP membre /cofondateur d'ATTAC.


2 Retirée par son auteur


3 Pour mettre en œuvre une autre politique au plan mondial ou plus modestement parfois au plan continental il importe de peser avec d'autres partenaires pour la constitution d'une autre gouvernance mondiale . Cette nouvelle gouvernance mettra en place des droits démocratiques, sociaux, environnementaux nouveaux pour répondre aux régressions du néolibéralisme des vingts dernières années. Les institutions mondiales de la finance et du commerce (FMI, BM, OMC, …) auront alors une place subalterne et devront donc respecter les droits humains promus par les organes plus démocratiques comme l'ONU (à réformer) ou l'OIT.


Congrès du MRAP 2012 : motion adoptée (4/8) sur les frais d’obtention des titres de séjour pour les étrangers.

Motion : frais d’obtention des titres de séjour pour les étrangers.

Le MRAP dénonce la forte augmentation des frais de régularisation par les préfectures, pour les étrangers qui demandent des titres de séjour.

Cette augmentation est incluse dans la loi de finances 2012 votée par le Parlement.

Les étrangers obtenant un titre de séjour doivent payer des sommes allant de 350 à 700 E suivant leur situation, pour la visite médicale à l’OFII et les frais de chancellerie (obtention du visa long séjour qui permet la régularisation).

De plus, toute première demande doit être assortie du paiement de 110 E (avance sur la somme due) non remboursables en cas de refus de la préfecture.

Ces exigences s’adressent à des personnes en situation très précaire, qui sont le plus souvent dans l’impossibilité d’y faire face.

Le MRAP demandera aux parlementaires élus en juin 2012 de revenir sur ces décisions , de ramener les frais de régularisation au strict minimum nécessaire et d’accorder la gratuité aux personnes sans ressources.

 

Cette motion a été adoptée à l'unanimité.


Congrès du MRAP : motion adoptée (5/8) sur la laïcité

Motion contre les lois et réglementations islamophobes, présentée par le CL 5/13


Depuis la loi du 15 mars 2004, rejetant de l’école publique les élèves musulmanes portant le foulard, les exclusions se sont multipliées, non seulement à l’encontre des élèves mais aussi à l’encontre des mères musulmanes qui souhaitent s’impliquer dans la vie scolaire. Chaque semaine, des femmes et/ou leurs enfants se voient refuser des droits au nom de leur tenue vestimentaire.

Après l’UMP, le PS s’est lancé à son tour dans la chasse aux sorcières et le Sénat a voté une loi qui astreint à la neutralité religieuse les personnels travaillant dans le secteur privé de la petite enfance (non confessionnel et subventionné par l’État), y compris les assistantes maternelles travaillant à leur domicile.

Le MRAP doit s’opposer et s’opposera à tous les propos, toutes les actions, tous les règlements et lois discriminatoires racistes que l’État impose aux musulmans, en cherchant à rendre toute la société française complice de ce racisme.

LE MRAP s’oppose à toute remise en cause de l'égalité devant le travail, l’éducation, le logement.

Il s’oppose à toute discrimination en fonction de la religion qui rappelle certains des moments les plus sombres de l'histoire de ce pays, comme l'interdiction de certaines professions aux Juifs sous le régime de Vichy et le statut de sous-citoyens des musulmans sous la colonisation.

Les mesures actuelles obéissent à une même logique de stigmatisation et d'exclusion, en rupture complète avec les principes laïques tels qu'ils ont été fixés par la loi de 1905.

Le MRAP dénonce ce détournement de la laïcité, qui s'inscrit dans une série interminable d'offensives contre les musulmans : loi anti-foulard, loi anti-niqab, débat sur l'identité nationale", stigmatisation des "prières de rue", des minarets et des menus halal, invectives de Nicolas Sarkozy sur "l'égorgement du mouton" et de Claude Guéant sur le "trop grand nombre" de musulmans, "débat sur l'Islam" rebaptisé "débat sur la laïcité", et « le trop grand nombre d’étrangers » de Nicolas Sarkozy.

Nous refusons cette politique de division de la population, cet appel permanent au rejet et à la haine et le MRAP dénonce, en particulier, la logique d’exclusion qui désigne les femmes musulmanes comme un problème de société.

Soumise au vote des délégués, cette motion a été adoptée.


Congrès du MRAP 2012 : motion rejetée (6/8) sur la laïcité

Laïcité/ Islamophobie


Si l’on ne peut que se réjouir de voir que le MRAP reconnaît à part entière l’islamophobie comme une forme de racisme (croissante), il est étonnant qu’aucune analyse n’apparaisse notamment au niveau de la laïcité et de ses rapports avec l’islamophobie.


Tout d’abord, il est nécessaire de souligner un certain dévoiement de la laïcité. La loi de 1905 était une loi de progrès et de rassemblement et non une loi rétrograde de fermeture et d’exclusion. Ainsi, la droite a confisqué la laïcité, en a fait une loi répressive. En effet, la loi de 1905 assure la liberté de conscience, de religion, et garantit le libre exercice des cultes pour toutes les religions, sauf entrave à l’ordre public.


De plus, le libre exercice du culte ne se limite pas du tout (loi de 1905) à la sphère privée. La liberté d’expression peut s’exercer dans la rue, sauf atteinte à l’ordre public. L’espace public est neutre, ce qui permet au public, aux usagers, aux citoyens de ne pas être neutres.


Autre dévoiement : l’État ne reconnaît, ni ne subventionne aucun culte. L’État et ses agents seuls sont astreints à la neutralité, les usagers pas du tout. Ces dévoiements de la loi de 1905 ont mis mal à l’aise la gauche et l’ont divisée sur la question de la laïcité.


Quel est le but de toutes ces manœuvres ? Instrumentaliser la laïcité, se servir de la loi de 1905 détournée pour stigmatiser les musulmans, en créant la peur de l’Islam. Les exemples foisonnent depuis le discours du Latran de Sarkozy (décembre 2007) incitant à « valoriser les racines essentiellement chrétiennes de la France », le débat sur la pseudo identité nationale (2009), le débat sur l’islam et la laïcité, rebaptisé débat sur la laïcité (2011), les propos de Guéant et autres sur les « civilisations inférieures » ou « qui ne se valent pas toutes » (2012), le « trop grand nombre de musulmans », les innombrables attaques dont certaines relayés par une grande partie de la gauche sur les prières de rue, la viande halal, les tentatives de mise à l’écart des mères avec foulard accompagnant les sorties scolaires, le projet de loi du Sénat pour étendre aux structures privées de la petite enfance l‘obligation de neutralité, ainsi qu’»aux assistantes maternelles à domicile (ce qui a créé un certain malaise), etc.


Tout cela a pour conséquence de créer un ennemi commun, le « musulman »ou la « musulmane », assimilé(e) à « l’immigré(e) » et de gagner des voix sur l’extrême droite ainsi que de faire passer à la trappe la crise économique et sociale.


Aussi pour combattre l’islamophobie, il faut passer par l’analyse de la confiscation de la laïcité et comprendre que cette « nouvelle loi » sert de paravent, de bonne conscience à l’islamophobie.


Le CL demande donc au MRAP de prendre ce paramètre en compte.


Dans cette perspective, le CL participe activement au collectif Mamans toutes égales et demande au MRAP national de développer beaucoup plus de prises de position et d’actions dans ce sens. Si l’on veut combattre efficacement l’islamophobie, on ne peut omettre le rôle de la laïcité.

 

Soumise au vote des délégués, cette motion n'a pas été adoptée.


Congrès du MRAP 2012 : motion rejetée (7/8) sur le "racisme anti-blanc"

 

Un « racisme anti blanc » aujourd’hui en France ?


Le MRAP condamne le « racisme anti blanc». S’il peut paraître évident que ce « racisme », comme tous les autres, doit être condamné, ce n’est pas aussi simple.

 

Tout d’abord, le mot « race » est très ambigu, car il ne relève plus de la biologie, comme au XIXème siècle (tout le monde sait que les « races » n’existent pas), mais d’une création culturaliste (cf. le choc des civilisations). La couleur n’existe pas naturellement, mais politiquement. Le « blanc » est dominant dans le rapport social d’oppression.

 

D’autre part, mettre sur le même pied le « racisme anti blanc » et les autres racismes ne tient pas l’analyse. En effet, qui peut croire, ou plutôt a intérêt à croire, que la haine raciste est de même nature, si l’on est dans la situation de dominé ou de dominant ?

 

Tout d’abord, l’histoire de l’esclavage, de la colonisation expliquent, en partie, le présent. Le regard, l’imaginaire esclavagiste et colonial demeurent dans les représentations postcoloniales en France. Par exemple, les « blancs », les « noirs » ne sont pas vus de la même manière car les uns ont un statut de dominant, même s’ils sont dominés économiquement. C’est à ce titre qu’ils peuvent être détestés. Ainsi, le « blanc » ne connait guère la discrimination raciste ; cette rupture d’égalité est insupportable pour ceux qui la vivent au quotidien dans le logement, à l’école, au travail, dans les loisirs, sans parler des contrôles au faciès. Le « blanc » est également vécu dans l’imaginaire comme un nanti, même si c’est faux.

 

Le racisme n’est pas simplement un rapport entre individus qui ont des préjugés (qu’il faut certes déconstruire) mais un rapport social de domination entre groupes. Le dominant produit le système raciste, le « racisme » des dominés est réactionnel. Memmi parle de « racisme édenté ». Le « racisme anti blanc » porte la haine d’un système. Les dominés savent qu’ils n’ont pas de place, pas d’avenir pour beaucoup. Certes, ils se trompent de combat.

D’ailleurs, l’extrême droite s’en est emparé depuis longtemps. En 1998, lors de l’université d’été du Front national, LePen parle de « racisme à l’envers ». C’est un retournement victimaire. Il se dédouane ainsi des accusations de racisme.


Le CL demande au MRAP de créer un groupe de travail pour approfondir l’analyse de cette question. D’autre part, le CL souhaite également que le MRAP soutienne les CL, en produisant des documents qui les aideraient à intervenir dans les quartiers défavorisés comme il en existe dans Paris XIX XX èmes, afin de déconstruire avec efficacité toutes ces haines, en les replaçant dans un rapport de domination.

 

Soumise au vote des militants, cette motion n'a pas été adoptée par le congès, qui a toutefois retenu le principe d'un groupe de travail.

 

 


 

 


 

 

 

 

 


 



 

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